Voici un nouvel extrait de « Proférations gnostiques »
Pour en lire ou en écouter d’autres :
philippe.annaba.free.fr
Dix tonnes de merde et vingt tonnes d’urine
c’est ce que j’ai envoyé avec désinvolture,
en toute innocence et insouciance,
dans les égouts des grandes villes viles.
Et sans doute n’en ai-je pas fini pour autant.
Si j’étais resté chez le paysan, mon parent,
mes déjections auraient disparu dans la Terre-Mère.
Grâce à la Grande Magie de la Nature
elles se seraient fondues dans l’humus nourricier.
À défaut, mes diarrhées, mêlées à vos propres défécations,
ont donc suivi le béton suintant
d’une multitude de galeries
catacombesques et cloacales,
jusqu’à de vastes cathédrales excrémentielles
où elles sont prétendument épurées.
En fait elles y sont simplement décantées,
avant d’être envoyées à la rivière,
dont les eaux pompées, filtrées et chlorées,
seront dirigées, sans autre forme de procès,
par de fins tuyaux de cuivre
vers de clinquants mitigeurs,
pour finir dans vos carafes aseptisées.
Est-ce ma faute si je ne bois que du vin ?

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L’homo sapiens sapiens serait paraît-il,
l’être vivant le plus intelligent de la Terre .
Quelle niaiserie !
Ce prétentieux gnome se croit libre,
alors que, comme la bête,
il est entièrement soumis à ses gènes
qui le poussent à se reproduire
malgré l’absurdité de ce monde qu’il ne peut fuir.
S’il avait un iota de bon sens,
il s’abstiendrait d’y jeter la chair de sa chair.
Bien plus stupides que les animaux,
les hommes s’entre-déchirent,
même pas pour se nourrir,
seulement pour imposer leurs idées confuses.
Cette créature bien plus opprimens que sapiens,
perdue sur ce grain de sable microscopique,
tournoyant dans l’infini du cosmos,
n’a réussi, en deux cents ans
d’extraordinaire développement
scientifique et technique,
qu’à ériger des sexes de béton
de plusieurs centaines d’étages,
qu’à façonner des armes
de destruction massive,
et des moteurs crachant partout
la mort à petit feu.
Et comble d’aveuglement,
sa vie aussi vide qu’inutile,
il s’acharne maintenant,
à la faire durer encore et encore.
Les vieux délabrés nauséabonds ne meurent plus,
les nouveau-nés malformés survivent tous ;
en conséquence, l’homme prolifère
envers et contre toutes les lois
de l’harmonie universelle.
Il a tant envahi la Terre
qu’il en est réduit à manger
ce qui est pire que ses excréments,
à boire ce qui est pire que son urine.
La planète n’est plus que le triste reflet
de ses insensés fantasmes,
de ses caprices d’enfant gâté.
Il a tout détruit, tout arraché,
tout maculé de ses créations fientesques.
Et surtout, il a tant voulu gagner sa vie,
qu’il en a même perdu sa mort.

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Non, je ne vais plus me lamenter.
Plutôt que de m’épuiser
à exhorter les peuples,
repus ou affamés,
les uns à moins consommer,
et tous, à moins proliférer,
comme tout un chacun,
je vais maintenant m’abandonner
au fil du courant des égouts de l’histoire.
Continuons à polluer sans retenue,
et à rejeter sans discernement dans l’atmosphère,
force gaz, aussi malodorants qu’asphyxiants.
Dépêchons-nous d’épuiser sans scrupule
les profondeurs de la Terre,
et d’ôter toute vie de la Mer,
de désertifier et ruiner les sols,
de multiplier les déforestations,
afin d’encombrer nos vies
de ces mobiliers hideux,
de ces gadgets coûteux,
aussi éphémères que dérisoires,
mais si indispensables,
pour combler le vide
de notre insignifiante existence.
Prostituons-nous comme des chiennes,
ricanons avec les hyènes,
hurlons avec les loups,
vendons notre âme à tous les diables ,
notre cœur à l’encan,
et nos enfants
aux pédophiles de la Pub.
Proférons les mensonges les plus exécrables,
puisque demain l ’apocalypse semble inévitable.
Droits-de-l’hommistes et autres humanitaristes,
sans cesse à l’affût des mauvaises pensées
de vos voisins de palier,
mais qui avez toujours cruellement ignoré
les souffrances des Indiens d’Amazonie,
des Tibétains et des autres peuples en sursis,
votre citadelle d’hypocrisie s’effondre,
votre pré-carré de bonnes intentions,
vos garde-fous de papier,
vos déclarations péremptoires,
n’ont jamais impressionné les âpres au gain,
destructeurs de la Terre.
Votre supermarché de la compassion
ne peut rien contre les barbares,
qui remuent leurs poignards
dans vos plaies purulentes,
ni contre les terroristes et leurs bombes,
les pilleurs et leurs kalachnikovs,
et la masse des pauvres affamés,
excités, endoctrinés, manipulés…
À l’instar des insectes nécrophages,
ils n’envahissent que les corps en putréfaction.

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Le monde du pétrole bon marché est fini.
Nous allons devoir reconstruire nos muscles,
pour manier la bêche et la pioche,
et redécouvrir que la terre est basse et nourricière.
Cette terre que nous avions perdue de vue
à force de l’excaver, de la bétonner
et de rouler sans fin
sur le macadam stérile
de nos arrogantes illusions.
Que de décennies d’endoctrinement
par les sorciers de la secte du Progrès,
que de mensonges envoûtants répandus,
par les adorateurs du Veau d’Or !
Jamais ils n’ont avoué
que si extraordinaire
que puisse-être la technique,
elle ne peut produire d’effets positifs,
sans générer autant d’effets négatifs.
La seule chose qui est « Éternelle »
dans l’univers, c’est cet équilibre,
entre ce que l’on appelle,
par facilité et paresse de l’esprit,
le « bien » et « le mal ».
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Les pollutions ne sont pas près de s’arrêter
puisque l’humanité ne cesse de proliférer.
Les technocrates affirment que la planète
peut nourrir dix milliards d’individus,
sans préciser que pour cela,
ils doivent gaver la terre de produits chimiques,
qui nous détruisent tous à petit feu.
Leurs dérisoires économies d’énergie,
et leur si feint désarroi, ne sont qu’hypocrisie,
alors qu’il y a quelques années ils se moquaient
des sages qui les mettaient en garde.
Depuis lors, les atteintes à l’environnement
n’ont cessé de s’étendre.
Parmi les mesures démagogiques,
prises par les prêtres de la divine « Croissance »,
ce fameux « développement durable »,
cet oxymore, cette formule magique,
cache mal leurs desseins détestables.
Les catastrophes écologiques annoncées,
représentent un vaste champ de prospections,
une immense occasion d’innovations techniques,
et d’appropriations de nouveaux brevets.
C’est-à-dire, une source faramineuse de profits,
que les vautours du monde entier guettent
avec une attention soutenue,
sans aucun état d’âme,
pour la masse croissante des laissés-pour-compte,
victimes de cette dévastatrice foire d’empoigne.
C’est une occasion à ne pas manquer,
pour les larrons adorateurs de Mammon,
de se refaire une santé
sur le dos de nouveaux gogos.
Les flibustiers de la finance se gaussent
de voir le peuple si inconscient de sa soumission,
et de la facilité avec laquelle ils peuvent le gruger,
en lui faisant prendre,
les vessies de l’économie ultralibérale
pour des lanternes de la fatalité.
Durant dix générations, les perfides pharisiens
qui dirigent ce monde, avec l’aide des églises,
ont pillé et gaspillé les ressources de la Terre
et aujourd’hui ils voudraient
que je paie leurs pots cassés ?
Je me moque de leurs hypocrites conseils,
de leurs tartuferies,
et de leurs bien tardives menaces.
Ils n’ont cessé de se foutre du monde,
et continuent la destruction de la Terre
et l’exploitation des peuples,
avec le plus grand cynisme.
Ceux qui tirent les ficelles de ce Guignol’s band,
iront sans aucune retenue,
jusqu’au bout de leur cynisme,
jusqu’à l’ultime exploitation des êtres et des choses.
Ils ont toujours un lapin dans leur chapeau
pour rassurer les benêts,
et des fonds, aussi liquides qu’occultes et inavouables
dans leurs caisses noires,
pour acheter les médias, les syndicats, les partis,
et pour armer les incessantes révolutions qui se trament
partout où se découvrent quelques richesses à spolier.
Ces Maîtres invisibles, aussi dévastateurs
et insaisissables que mille Attila,
s’acharneront imperturbablement
à faire leur beurre,
en exploitant encore et toujours
cette pauvre planète
jusqu’à la rendre définitivement stérile.
Plus les conditions de vie seront difficiles,
plus seront coûteuses les techniques permettant
à l’homme de demain de survivre.
Si les nantis devront payer très cher
ces dons de la nature, l’eau et l’air,
jadis inépuisables et gratuits,
les pauvres qui en seront privés,
inéluctablement mourront
par centaines de millions.
Et quand la Terre sera vidée de toute vie,
il se trouvera encore quelques rapaces mégalomanes
pour aller tirer, des entrailles de Mars ou de la Lune,
grâce à cette foutue science sans conscience,
encore quelques trésors illusoires.
ANNABA
